22 juillet 2009

Banques avides

Comme si de rien n'était... Comme si la crise mondiale qu'elles ont provoquée ne charriait pas chaque jour son cortège de drames sociaux, de tragédies humaines et de déroutes économiques, des banques renouent avec des pratiques d'hier. Des pratiques du monde d'avant la crise. Aux Etats-Unis, la banque d'affaires Goldman Sachs s'apprête à provisionner sans honte une enveloppe de quelque 20 milliards de dollars à affecter aux bonus à venir, soit la somme que le G8 alloue à la lutte contre la faim dans le monde !

Comme au bon vieux temps, quand elles faisaient leurs petites affaires à l'abri du monde réel et en toute impunité, des banques renouent avec des bonus garantis, destinés à récompenser des banquiers pour leurs prises de risques importantes, quand bien même les profits originels se transforment en pertes colossales. Alors que la crise va encore creuser l'écart entre les riches et les pauvres, ces primes à l'avidité sont choquantes - profondément. "Excès et surenchères", selon la formule d'Ariane Obolensky, directrice générale de la Fédération bancaire française, dans La Tribune du 22 juillet, qui sont proscrits en France, grâce au code sur les rémunérations variables adopté en début d'année, mais existent ailleurs en Europe.

Christine Lagarde n'a pas mâché ses mots dans le Financial Times du 22 juillet : "C'est une honte absolue que l'on puisse encore verser des bonus garantis pendant plusieurs années ou que certaines personnes songent à rétablir les vieilles façons de rétribuer avec un lien insuffisant entre rétribution et performance durable ou prise de risques." La ministre de l'économie est au diapason de Barack Obama, qui, le 20 juillet, a porté un jugement sévère : "On n'a pas l'impression, a-t-il dit, que les gens de Wall Street éprouvent le moindre remords pour tous les risques qu'ils ont pris ; on n'a pas l'impression que ce qui s'est passé ait provoqué un changement de culture ou d'attitude."

Il y a moins de quatre mois, lors du G20 de Londres, début avril, tous les grands de la planète ont fait le serment de ne plus laisser la sphère financière tenir la dragée haute aux Etats. Promis, juré : la crise allait être salvatrice. Elle fournirait de nouveaux outils pour réguler un monde devenu fou. Le monde d'après ne ressemblerait pas à celui d'avant. Hélas, dit Mme Lagarde, les "vieilles façons" reviennent. Elles creusent les inégalités ; elles sont dangereuses pour l'ensemble de l'économie ; elles suscitent incompréhension et colère. Elles doivent cesser.

Article paru dans l'édition du 23.07.09.

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