09 juin 2009

"La France doit cesser d'importer ses énergies renouvelables"

Pierre Radanne, ancien président de l'Ademe. | D.R.

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Pierre Radanne, ancien président de l'Ademe.

      

      Pierre Radanne, ancien président de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe)   

       

"La France doit cesser d'importer ses énergies renouvelables"

       

En matière d'énergies renouvelables, où en est la France ?

Pierre Radanne : environ 15 % de nos besoins électriques sont assurés par des énergies renouvelables, traditionnelles pour la plupart (bois, barrages hydrauliques...). Les nouvelles énergies renouvelables – éolien, solaire, géothermie – sont elles encore très minoritaires. Au niveau de l'investissement public, on constate, depuis trois ou quatre ans, un effort dans le soutien à la consommation avec, par exemple, des déductions d'impôt pour l'utilisation de certaines énergies propres.

En matière de recherche, le bilan est plutôt négatif et les priorités budgétaires dans ce secteur restent relativement faibles. Mais là où il y a vraiment un gros échec français, c'est au niveau industriel : la France n'a pas du tout développé de pôle industriel compétitif dans les énergies renouvelables. Au contraire de l'Allemagne ou de l'Espagne, le développement des énergies propres en France se fait principalement à travers l'importation. Il n'y a pas eu de recherche théorique, de soutien aux PME, de développement de champions industriels pour produire des énergies renouvelables à l'intérieur du pays.

L'Etat doit donc intervenir ?

Il faut quand même noter que la France ne part pas de zéro. Récemment, un fonds chaleur, géré par l'Ademe, a été constitué qui a pour but de subventionner l'utilisation d'énergies renouvelables pour la chaleur, surtout au niveau collectif : chauffage de mairies, d'écoles, de maisons de retraite grâce à des énergies renouvelables. C'est une intervention budgétaire directe de l'Etat qui se compte en centaines de millions d'euros. Mais, à un moment où notre pays perd de sa substance industrielle avec la crise et les délocalisations, il est clair qu'il faut faire des énergies renouvelables un pôle de l'emploi à développer en France.

Nicolas Sarkozy souhaite un investissement parfaitement équilibré entre énergies renouvelables et énergie nucléaire. Est-ce réaliste ?

Tout à fait. En 2008, la France a été victime d'une hémorragie de 48,5 milliards d'euros : cet argent a été jeté par les fenêtres pour acheter du pétrole, du gaz et du charbon. Mais, si la politique énergétique française consiste à développer la production des énergies renouvelables sur le territoire français, ce même argent pourrait rester en France, créer de l'emploi, plutôt que de quitter le pays.

La proposition du président de la République n'est pas du tout irrationnelle. Aujourd'hui, l'investissement dans le nucléaire est d'environ 5 milliards d'euros par an. Au total, 4 milliards d'euros sont dépensés dans la construction des deux réacteurs EPR [à Flamanville dans la Manche et à Penly, en Seine-Maritime] et à cela s'ajoute environ un milliard d'euros investi dans la recherche. En revanche, les efforts de l'Etat ne sont pas encore, aujourd'hui, suivis dans le privé, et c'est un problème si l'on veut développer la production d'énergies propres. Les grands groupes industriels comme les grands groupes bancaires n'ont pas encore massivement investi dans les énergies renouvelables, à la différence des groupes allemands, ou espagnols.

Propos recueillis par Hélène Bekmezian



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