09 mars 2009

Une hémorragie boursière sans fin

Les actionnaires d'Eurotunnel sont heureux. Vingt ans après l'inauguration du tunnel sous la Manche, ce qui était un gouffre financier est devenu une petite société rentable. Même dans la crise. Pour la première fois de l'histoire d'Eurotunnel, les centaines de milliers de petits porteurs se sont vu offrir, mercredi 4 mars, un dividende de 4 centimes d'euros.

Les actionnaires d'Eurotunnel font figure de cas isolé. Car à part eux, aucun épargnant dans le monde n'a de raison de se réjouir. Depuis l'été 2008, les marchés plongent. Et en mars, la tendance ne s'inverse toujours pas. Entre le lundi 2 et le vendredi 6 mars, l'indice Dow Jones de la Bourse de New York a ainsi cédé encore 6,17 %. Maintenant sous les 7 000 points, il a retrouvé ses niveaux de 1997.

En Asie, après une baisse de 5,22 %, le Nikkei de la Bourse de Tokyo s'est approché, lui, de ses plus bas niveaux depuis vingt-six ans, tandis qu'en Europe, Paris, Londres et Francfort ont enregistré des baisses de 6,22 %, 7,82 % et 4,61 %.

Pas de quoi se réjouir donc. Mais les Bourses ne font que refléter une situation économique désastreuse. En zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) estime que le recul du produit intérieur brut (PIB) atteindra 2,7 %. Les économistes de Merrill Lynch prédisent même un recul de 3,1 %.

Aux Etats-Unis, la situation est encore pire. Là-bas, on parle de moins en moins de récession et de plus en plus de dépression. De fait, selon Goldman Sachs, la contraction du PIB sera de 7 % au premier trimestre et le chômage continue de progresser. Il frappe désormais 8,1 % de la population, du jamais-vu depuis décembre 1983.

Le noeud des problèmes vient de la finance et reste dans ce secteur où, en dépit de plans de soutiens massifs, les choses ne font qu'empirer. L'assureur américain AIG a ainsi annoncé des pertes inouïes de 100 milliards de dollars en 2008 (78,9 milliards d'euros), obligeant un nouveau renflouement du Trésor de 30 milliards de dollars.

Mais s'il est le plus spectaculaire, le cas d'AIG n'est pas une exception. L'assureur britannique Aviva a aussi annoncé des résultats désastreux (885 millions de livres, soit 992 millions d'euros) faisant plonger tout le secteur, y compris Axa.

Du côté des banques, ça ne va guère mieux. Pour le marché, la situation est si compromise que les nationalisations semblent inévitables. Cela devient même une évidence pour l'ex-numéro un mondial, Citigroup. Traduction : la banque sera sans doute sauvée, mais ses actions seront rachetées par l'Etat pour un montant dérisoire. En Bourse, la sanction a été radicale et l'action Citigroup s'échange au prix d'un pain au chocolat, autour de 1 dollar. Une humiliation pour le géant bancaire dont la capitalisation était, avant la crise, parmi les plus importantes au monde.

"Les choses empirent parce qu'il y a un manque de financement pour les banques dans le monde et certains marchés, particulièrement aux Etats-Unis et au Royaume-Uni", a expliqué Michael Geoghegan, le patron de HSBC, en annonçant, lundi, une chute des bénéfices de la banque de 70 % en 2008, ainsi qu'une augmentation de capital géante de 14 milliards d'euros. " Nous n'avons pas touché le fond", a-t-il ajouté.

Le problème est que tant que le secteur financier ne sera pas assaini, l'économie ne pourra pas redémarrer. Si le crédit reste grippé, les entreprises peinent, les investissements freinent et la consommation ralentit. Le secteur automobile est parmi les plus affectés. Et, là encore, c'est un géant américain, General Motors, qui inquiète le plus. Le groupe serait prêt à se placer sous la loi de protection des faillites, évoquant "un doute substantiel sur sa capacité à survivre", dans son rapport annuel remis jeudi aux autorités boursières.

Au-delà de la finance ou de l'automobile, ce sont tous les secteurs de l'économie qui sont affectés. Va-t-on s'en sortir ? Sans doute. Mais quand ? Le marché attend un signal clair pour rebondir. Pour Gilles Moëc, économiste chez Merrill Lynch, ce déclic pourrait surgir d'ici quelques mois, le temps que les actions des banques centrales et des plans de relance des gouvernements commencent à faire sentir leurs effets. "Il faut prendre la mesure des délais", explique-t-il. Reste que l'absence de mesures supplémentaires en Chine désespère les marchés.

Pour l'économiste Steen Jakobsen, en revanche, il ne faut rien attendre de ces plans. "L'Etat résout un problème de dette en rajoutant de la dette. Il faut revoir les manuels d'économie !", estime-t-il. Selon lui, le seul salut peut venir du G20 du 2 avril, avec des mesures fortes et coordonnées des différents Etats. Si l'exercice est réussi, l'indice américain S & P 500 pourrait reprendre 25 %, sinon " ce sera la panique", prédit-il.

Claire Gatinois

Article paru dans l'édition du 08.03.09.

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